ASSOCIATION

DE L'INSTITUT PORTALIS (AIP)

Conférence n°3 - Vers la fin de l'État? (17 mars 2014)

 

Le lundi 17 mars 2014 s'est tenue la troisième conférence de l'Association de l'Institut Portalis intitulée "Vers la fin de l'Etat" avec MM. Frédéric Rouvillois, Professeur à l'université Paris V, Jean-Claude Ricci, Professeur à l'université d'Aix-Marseille et Julien Broch, maitre de conférence à l'université d'Aix-Marseille. 

 

Pour cette troisième conférence, l'AIP innovait puisqu'elle avait choisi de l'organiser en Salle des Actes, sous les figures tutélaires des juristes d'exceptions qui ont côtoyé notre faculté. C'est également sous leur regard que chaque année sont soutenues les thèses de doctorat. C'est donc en salle des actes que se concrétise une partie de la recherche en droit. Espérons que cette conférence a apporté sa pierre à l'édifice en impulsant la réflexion nécessaire à une étude plus approfondie du sujet sur l'avenir de l'Etat. 

 

Toute recherche commence par une réflexion, toute réflexion commence par une question. Les intervenants qui se sont succédé ce 17 mars 2014 ont répondu à quelques questions et en ont surtout soulevé d'autres. Mais globalement, le fil conducteurs des interventions fut l'optimisme à propos de l'avenir de l'Etat, n'en déplaise aux thèses souhaitant sa destruction. 

 

C'est ainsi par l'évocation des thèses marxistes et anarchistes qu'a débuté l'intervention du professeur Rouvillois. Celui-ci se

proposa de réfléchir sur l'avenir de l'Etat du point de vue interne, et plus spécifiquement sur les rapports qui régissent l'Etat et ses citoyens. Sa réflexion consista à analyser le nouveau citoyen qui ne se voyait plus comme un administré mais comme un client de l'Etat. Partant, ces attentes évoluent mais font néanmoins intervenir l'Etat, voire, le rendent indispensable. La pérennité de l'Etat est donc assurée par l'existence même du citoyen en particulier et de l'homme en général. Ce qui amène le professeur Rouvillois à conclure qu'avant que l'on puisse se passer de l'Etat, il faudrait que l'on puisse changer l'homme. 

 

De la nature de l'homme, il en fut également question dans l'intervention du professeur Ricci, intitulé La construction européenne, chance ou poison ? Mais il s'agissait de la nature d'un genre spécifique d'homme, à savoir l'homme politique et sa responsabilité dans le désamour des citoyens pour la construction européenne. C'est en analysant les raisons du regard inquiet sans cesse porté sur la construction européenne que le professeur Ricci en arriva à la responsabilité du politique. La construction européenne est un processus inévitable que les politiques utilisent à des fins personnelles sans jamais expliquer les raisons de celle-ci et sa direction. Sur l'avenir de la construction européenne, le Professeur aixois prend le pari du volontarisme avec une implication nécessaire de la jeunesse. Sur l'avenir de l'Etat, il est plus optimiste en affirmant que l'Europe ne peut se passer des Etats, sans lesquels sa raison d'être n'est plus. En revanche, si rien n'est fait, l'Etat risque de disparaitre, mais il évoque la piste du suicide, de l'autodestruction, plutôt que de l'empoisonnement. 

 

Prenant encore un peu de hauteur, M. Broch se proposait d'intervenir pour discuter de la place de l'Etat dans la mondialisation. En dépit des scénarios catastrophes brandis notamment par la CIA, M. Broch est lui aussi resté optimiste sur la question. En effet, force est de constater que les Etats n'ont jamais été aussi nombreux et que, mieux encore,  de nouveaux Etats apparaissent régulièrement. Cela poussa l'historien du droit à analyser que la mondialisation est certainement une motivation supplémentaire pour les nationalismes divers. Il n'y a donc pas, comme certains peuvent le penser, une désintégration des Etats dans les espaces régionaux toujours plus nombreux. 

 

Eu égard à ce qui fut énoncé dans cette Salle des Actes, il n'y a pas lieu de penser que la fin de l'Etat soit amorcée. L'optimisme doit être de vigueur mais ne doit pas se traduire par un immobilisme !

 

Il serait intéressant de pousser la réflexion lors d'une prochaine Conférence sur cette question qui couvre un domaine infiniment large. L'avenir de l'Etat pourrait alors être abordé sous un angle différent.

 

Nous remercions encore une fois tous les intervenants d'avoir répondu favorablement à notre invitation ainsi que le public d’être venu en nombre.